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Établissement : Le Mans Université École doctorale : École doctorale Arts, Lettres, Langues Laboratoire de recherche : LABORATOIRE LANGUES, LITTÉRATURES, LINGUISTIQUE DES UNIVERSITÉS D'ANGERS ET DU MAINE Direction de la thèse : Franck LAURENT Date limite de candidature : 2026-09-01T00:00:00 Cette thèse a pour projet de s'intéresser à un auteur, Jean Moréas, poète et critique d'origine grecque, installé à Paris à partir de 1875 où il entama une carrière de poète en langue française. L'Histoire le retient pour son rôle dans la diffusion et la valorisation du terme « symbolisme » et des valeurs qui lui sont associées. Pour comprendre l'intérêt de cette étude, il s'agira en premier lieu d'identifier Moréas comme un auteur profondément ancré dans un moment spécifique de l'Histoire littéraire. En effet, la décennie 1880 correspond à un moment de manifestation d'un profond besoin d'individualité de la part de toute une génération de jeunes gens qui se lancent en poésie alors que le déclin du Parnasse et la lassitude provoquée par le « vers officiel » (Mallarmé) forcent les poètes à s'engager dans de nouvelles voies formelles. L'impulsion d'un élan de renouveau est alors donnée par la fondation de plusieurs groupes marginaux et alternatifs, se formant en cénacles littéraires et poétiques. C'est également le moment de la naissance de la célèbre Nouvelle Rive-Gauche qui devient la revue Lutèce et dont les scissions successives dans la seconde moitié de la décennie vont mener à l'émergence de revues où les thèses symbolistes s'exprimeront de manière plus claire ; La Vogue , Le Décadent , et Le Symboliste . Il est primordial de remarquer que Jean Moréas est présent à chacune de ces étapes de même qu'il fréquente de manière régulière de grands noms comme Verlaine ou Mallarmé, identifiés au symbolisme naissant, mais aussi d'autres auteurs de la période comme Charles Cros, Gustave Kahn ou Anatole France. Bien qu'il ait été l'ami et le pair de Verlaine et Mallarmé, qu'il ait fréquenté la quasi-totalité des grands noms que l'Histoire littéraire retiendra de la fin du XIXe siècle, Moréas n'y est qu'assez peu représenté ; que doit-on en penser ? Y aurait-il là un pan inexploré de la recherche sur la sociabilité littéraire et la pratique poétique de la fin du XIXe ? L'absence d'études monographiques systématiques récentes sur l'oeuvre de Jean Moréas représente donc un réel manque critique que cette thèse entend pallier. On pourra former l'hypothèse que la carrière de Moréas a cela de particulier qu'elle est marquée par une rupture radicale qui traduit de bien des manières la crise des valeurs poétiques caractéristique de la fin du XIXe siècle. Quand il fonde l'Ecole romane en 1891, il se détache définitivement du mouvement symboliste et de la jeune avant-garde à laquelle la critique l'avait pourtant résolument identifié. La publication en 1896 des Stances achèvera de faire de Moréas un poète néo-classique aux yeux de la postérité qui ne retiendra généralement de lui que cet ouvrage tardif. Comment comprendre alors l'historicité de la démarche poétique de Jean Moréas, qui se fait d'abord pionnière avant de retourner à des positions considérées comme beaucoup plus « réactionnaires », par la reprise de toute une tradition de la poésie classique et hellénique ? Comment inscrire son « Ecole romane » dans l'évolution au tournant du siècle des notions de « romanité », de « latinité », de « race latine » qui émergent depuis les années 1860 mais dont la dimension idéologique se reconfigure alors avec celle de classicisme (Charles Maurras) et dans le contexte du développement de l'impérialisme français, surtout en Afrique du Nord (Louis Bertrand) ?

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